L’ascenseur social en panne? Et si nous réformions (vraiment) l’école avec le numérique?

J’ai été étonné d’entendre que la France vit le même problème qu’en Wallonie, un système éducatif complètement inégalitaire, ce qui signifie qu’un jeune né dans une famille pauvre sera également pauvre plus tard. Dès le plus jeune âge, des enfants décrochent, alors forcément, les politiciens ont cherché des solutions et ont prévu des plans, des embauches de professeurs, mais au final, le problème reste le même.

Venant d’une famille ouvrière très proche de la caricature, je peux facilement expliquer ce qui ne va pas. On n’était pas si pauvre, en réalité, mais l’argent n’était pas utilisé pour des choses importantes.

Dans les familles les plus pauvres, la culture n’existe pas.

Je suis toujours très étonné d’entendre à quel point, le livre a été présent dans l’enfance de mes collègues. Chez moi, nous avions quelques débuts de collections d’encyclopédies, les premiers exemplaires gratuits. Je les ai tous lus, évidemment, mais ma culture s’arrête à la lettre « C ». Pour mes parents, un livre est une décoration et rapidement, les cassettes vidéo dans des boîtes imitant des livres sont devenues la norme.

Dans ces familles, la télé est quelque chose d’important. Ces gens connaissent la vie d’entreprise à travers les familles riches des Feux de l’amour, le monde réel leur passe complètement à côté de leur tête. Pour eux, il y a les riches, et les pauvres, les gentils, les mauvais. La nuance n’existe pas.

Dans ces mêmes familles, les enfants ne sont pas soutenus par leurs parents. Pas par manque de temps, les chômeurs ont du temps, mais par manque d’envie et de connaissances, parfois même, les parents ne connaissent pas la langue or, les professeurs demandent toujours aux parents de prendre en charge une partie de l’éducation de leurs enfants. C’est tout à fait possible lorsque vous avez du temps, une bonne culture générale et que votre enfant se débrouille plus ou moins convenablement, si ce n’est pas le cas, il faut payer des professeurs particuliers, pas trop le choix.

Souvent, ma fille revient à la maison avec de la matière qu’elle n’a absolument pas assimilée. Il faut donc que je reprenne le cours à zéro, un cours qui se limite souvent à quelques exercices sans réelles explications. C’est probablement un des problèmes de l’éducation, c’est qu’il se résume beaucoup à des exercices et des contrôles.

Si l’école dans laquelle nos enfants passent 7h par jour n’est pas capable d’enseigner toute sa matière convenablement, c’est peut-être qu’il y en a de trop. Parce que dans les cours, une partie est très utile, mais pas l’entièreté.

L’envie d’apprendre.

Lorsque j’étais enfant et même ado, je vivais dans un paradoxe que vous avez peut-être également connu. Lorsque j’allais à l’école, je détestais les cours d’histoire ou de science qui se résumaient souvent à des dates clés ou des listes de mots à retenir que vous oublierez de toute façon un jour. Pourtant, j’ai aussi rencontré des personnes qui pouvaient m’expliquer des choses passionnantes. Les atomes, l’histoire de 40-45, par exemple, mais avec une vraie passions. Est-ce que c’est personnes connaissaient par coeur toutes les dates? Je ne sais pas, mais elles pouvaient transmettre une émotion, une passion, un rêve.

Si vous avez eu de la chance, vous avez peut être connus des professeurs de ce genre, moi, pas.

Aujourd’hui, je me surprends à passer des soirées à rechercher de l’information sur un fait historique, sur la création de l’univers ou la théorie de la relativité.

Est-ce moi qui ai changé pour m’intéresser à ce qui ne m’intéressait pas ado? En partie, mais je pense que la première raison, c’est que je m’approprie les connaissances.

Les enfants ne sont pas acteurs de leur apprentissage.

Je fais partie de cette génération qui a vu naître le numérique et la révolution internet. Pour nous, c’est magique d’avoir accès à toutes ces connaissances et pourtant, on n’a toujours pas remis les clés à nos enfants. Sincèrement, je suis surpris de voir à quel point l’éducation ne prend pas en compte le numérique.

Le nombre énorme d’informations que l’on trouve sur le net n’a pourtant pas développé la culture des enfants des familles plus modestes. Ils ont accès à toutes ces informations, mais ils s’arrêtent à leurs curateurs qui ne sont pas ce qu’il y a de mieux. Ainsi, je vois tourner dans les profils Facebook de nos enfants un nombre incroyable d’infographies remplies de fautes d’orthographe et d’idées complètement fausses.

Ces mêmes enfants reçoivent énormément d’infos au quotidien, grâce aux médias sociaux, mais ne savent pas séparer la manipulation de la vraie information. Moi-même, j’ai fait beaucoup de recherche sur le Net pour comprendre les bases de certains discours extrémistes, par exemple, j’ai eu du mal à séparer la propagande de l’information. D’ailleurs, même dans l’information, il y a beaucoup de mensonge et de déni. Comment voulez-vous que nos enfants apprennent à gérer cette infobésité alors que les écoles font encore comme si ça n’était pas une réalité?

L’école du numérique, ce n’est pas si simple.

Je pense qu’il faut avancer dans le bon sens, mais je crains que l’on en soit encore loin. Lorsque j’entends certains politiciens pointer du doigt le fait que les écoles ne sont pas assez informatisées, je suis un peu rassuré, mais ils vont faire quoi avec leurs tablettes achetées en gros chez Aldi? Apprendre les mêmes matières avec des applications plus ludiques? Ça n’est pas la solution. La solution, c’est de regarder à quoi ressemblera le monde de demain. Dans 10 ans, lorsqu’ils sortiront de l’école, est-ce que l’apprentissage sur tablettes des 224 os humains leur servira à quelque chose alors qu’ils auront probablement tous une google glass qui sera là pour répondre aux questions? Il serait beaucoup plus important de travailler sur la réflexion, la capacité à reconnaître le vrai du faux, la connaissance des modèles démocratiques dans lesquels nous vivons, la compréhension des idéologies, des cultures, toutes ces choses qui ont un impact non pas sur nos connaissances, mais sur nos manières de penser et d’analyser l’information.

Il est important surtout que l’école prend en compte les réalités de notre monde. Le racisme n’est pas une simple histoire de noirs et de blancs, les guerres ne sont pas des histoires de peuples qui ne s’aiment pas, c’est plus compliqué, tellement complexe que l’on omette dans l’éducation des faits importants, et pourtant ces informations doivent être accessibles. L’histoire évolue, il ne faut pas l’oublier, ainsi, de nombreux chercheurs apportent leurs lots de nouvelles informations qui seraient pertinentes d’ajouter aux manuels.

L’éducation en Cloud

L’éducation doit mettre en Cloud le savoir, car aujourd’hui, on est obligé de s’appuyer sur Wikipedia qui est probablement une des plus belles inventions d’internet, mais pour l’apprentissage, Wikipedia n’est pas suffisant.

Le manuel scolaire doit être vivant, il doit pouvoir être adapté, corrigé, amélioré en temps réel. Il doit contenir des nombres infinis d’informations complémentaires pour l’élève qui veut en savoir plus sur une matière. Les professeurs doivent s’approprier leurs manuels. Certains professeurs sont excellents et savent faire vivre une histoire, ils devraient pouvoir transmettre leur passion à la communauté scolaire grâce à ce manuel en Cloud.

Ce manuel serait également un outil pédagogique important pour les parents qui doivent reprendre des matières avec leurs enfants.

Et finalement, apprendre aux enfants à apprendre. C’est essentiel pour ceux qui n’ont pas le soutien de leurs parents.

Pour moi, la réforme de l’éducation numérique devrait être la réforme la plus importante de ces prochaines années, mais pour cela, il faut un peu d’ambitions et s’il existe bien un secteur qui en manque, c’est bien celui de l’éducation.

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Rédigé par
Chris Lefevre
Publié le
29 mai 2014

10:27

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