Voilà un petit moment que je voulais faire un billet sur le flux. Oui ces flux RSS qui régissent le tempo des utilisateurs rompus aux usages du Web. Ces déferlements d’information ou de ressources, c’est selon, qui alimentent aujourd’hui, non pas heure par heure, ni même minute par minute, mais seconde après seconde, le grand sablier.
J’ai justement pioché dans le flux ce matin un article signé Nova Spinack, intitulé « Bienvenue dans le flux » dont la traduction française a été faite par Virginie Clayssen (mai 2009), et cité par « Crise dans les médias » (juin).
Je laisse à l’auteur (Spinack) ses projections sur le fait que le Flux serait un possible troisième âge du Web. Ce qui m’intéresse est plus d’essayer de comprendre ce qui se passe ici et maintenant.
Comme usager, j’apprends à me servir de ces flux et des agrégateurs qui vont de pair: sorte de grand rassembleurs qui permettent d’organiser, de hiérarchiser le flux. Avec la multiplication des services de microblogging se développent à l’évidence plus d’outils pour les gérer (voir l’article). Une fois ceux-ci choisis – les goûts et les couleurs… – il devient relativement facile d’attraper (catch) n’importe quelle ressource sur n’importe quel sujet et la diffuser à son tour. Beaucoup existent – virtuellement – via ce qu’ils diffusent grâce à ses flux. Certains leur doivent même notoriété ou popularité, aussi. Bien-sûr, il y a la façon d’amener les choses: formellement, certains sont plus habiles que d’autres et marquent ainsi des différences, mais en alimentant à peu prés toujours la même chose (avec des exceptions, mais j’essaie de penser à la masse des utilisateurs).
Il est même presque superflu(x) de se poser la question de savoir où chercher. Presque – parce que, comme toujours, il y des chemins dominants – souvenez-vous, les autoroutes de l’information - et des niches: traduisez, des grand flux et des petits ruisseaux.

Globalement, sur l’information, les tendances, et beaucoup d’autres sujets (je pense notamment aux sciences qui bénéficient – encore – de la solide aura « détenteur de vérité » et sont très largement diffusées, mais ceci est un autre sujet qui demande un billet à lui tout seul!), nous pouvons tout trouver en temps réel, démultiplié, redistribué, republié.
La question est: à quoi ça sert? Qu’est-ce que ça induit. Je ne sais pas vous, mais moi lorsque j’y consacre du temps je trouve cela finalement, disons, d’un intérêt limité. Pourquoi? Parce que, à moins d’effectuer une veille sur un sujet ou d’être dans le marketing, un item chassant l’autre… et passée la curiosité.
Si vous doutez, rendez-vous sur la time line générale de Twitter pendant 30 secondes! Caricature peut-être, mais symptomatique.
Évidemment, il y a les conversations: certains services permettent de commenter et d’échanger avec d’autres sur des sujets (entre deux flux). Le fameux enrichissement des médias sociaux. L’ère du grand mix: d’idées, d’innovation, de création? Pas tant que cela justement.
C’est bien la question que je me pose: pour que surgisse autre chose, il faut du temps. Il faut construire (creuser, vérifier, fouiller, argumenter, y revenir) et il faut des collaborations, qui prennent elles aussi du temps, demandent de la constance et une attention unidirectionnelle d’une certaine façon. Quand donc cela sera-t-il possible, en se servant justement de cette proximité nouvelle?
Quand à ce que dit Nova Spinack ici:
Le plus difficile sera de savoir à quoi prêter attention dans le Flux ; les informations et les conversations disparaissent si rapidement que nous pouvons à peine suivre le présent, encore moins le passé. Comment savoir à quoi prêter attention, quoi lire, quoi ignorer, quoi lire peut-être plus tard ?
Eh bien, il faut faire des choix et les faire par soi-même!
Le temps d’écrire ce billet, je ne vais pas me demander ce que j’ai pu « rater », qui je n’aurais pas « vu », quelle conversation – passionnante? – j’ai laissé passer, qu’elle nouvelle fracassante m’a échappé, qu’elle dernière innovation technologique va révolutionner changer mes habitudes, qu’elle tendance émerge, qu’elle nouvelle distraction (<-regardez par là, ne regardez pas ailleurs; ceci est un autre risque) vient de surgir, etc.

Ces flux qui semblent exponentiels (et dont il va bien falloir archiver les contenus) ne me semblent ni humains, ni même post-humains (post moderne). La vraie valeur ajoutée vient – et viendra – de ceux qui savent les transformer et, d’une certaine façon, arrêter le temps réel en y introduisant des grains de sables un peu plus gros. Comme par exemple des outils collaboratifs intelligents, peut-être un peu plus en marge, peut-être pas… et il faudra prendre le temps, de les investir.
Véronique Rabuteau Télé d’antan & Outils d’aujourd’hui
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