En Europe, les employés sont une charge, dans la Silicon Valley, c’est devenu une obsession.

Ces derniers temps, j’entends beaucoup parler de licenciement, de restructuration, de démotivation, burnout, etc… Il est vrai que la crise financière laisse des traces. Cela dit, la crise a bon dos. J’ai de plus en plus le sentiment que le salarié est considéré comme une charge dans l’entreprise, comme un problème qu’on aimerait résoudre. On me dit que les salaires sont trop élevés en Belgique, qu’il faut les baisser, car la compétitivité des entreprises en dépend. Nous savons tous que le licenciement est avant tout la meilleure façon de garantir aux actionnaires leurs dividendes.

Et bien, c’est une vaste connerie. Dans le blog, probablement très à gauche, de Christian Chavagneux, on pouvait lire que 85 % des profits du CAC 40 sont utilisés à la distribution de dividendes, en 2013, avec des profits en baisse de 8 %, les grandes entreprises ont augmenté leur distribution de dividendes de 6 %, au détriment de l’investissement.

En fait, les entreprises paient mieux leurs actionnaires en période difficile probablement pour que ceux-ci ne les lâchent pas, ça se comprend, mais alors, pour y arriver, elles n’investissent plus dans leurs entreprises, elles surchargent les employés et font fuir leurs meilleurs éléments. En période de crise, le problème des grandes entreprises, c’est les actionnaires, pas les employés.

Cette culture de l’entreprise dans laquelle le salarié est une charge est dangereuse pour la santé de ces entreprises, surtout à cette époque où nous avons besoin de profils très pointus et motivés. Le travailleur est de plus en plus souvent considéré comme un « pousse bouton », quelqu’un qui n’a pas de cerveau. Il devra juste effectuer les tâches dictées dans les temps.

À l’inverse, le management à l’américaine croit beaucoup plus en ses salariés, en leur expérience, leurs idées. Dans ces entreprises où on laisse à l’employé le libre arbitre de ses choix, l’individu, peut ainsi s’épanouir tant sur le plan personnel que celui professionnel. Il fait partie de l’entreprise et se sent concerné par son avenir.

Google est un modèle dans le genre. 80 % du temps alloué à Google, 20 % aux recherches personnelles. Cette confiance dans la motivation intrinsèque a sans doute été confortée par leur proximité avec le monde Open Source qui repose sur l’engagement de milliers de volontaires qui donnent leur temps pour faire évoluer et perfectionner les logiciels.

Google va plus loin avec son système de revue des pairs (peer reviews). L’ingénieur qui a développé sur son temps de travail une idée peut la proposer à ses collègues. Si elle leur paraît pertinente, elle devient un projet financé par l’entreprise.

Google présente sa culture d’entreprise de cette façon :

«  Ce sont nos employés qui font notre société. Nous engageons des personnes intelligentes et déterminées, et préférons les compétences à l’expérience. Même si les employés de Google (ou « Googleurs ») partagent une même vision et un même objectif, ils viennent de tous les horizons et parlent plusieurs dizaines de langues différentes, afin de mieux représenter nos utilisateurs internationaux. Et lorsque les Googleurs ne travaillent pas, leurs centres d’intérêt vont du vélo à l’apiculture, en passant par le frisbee et le foxtrot.
Nous souhaitons préserver l’esprit d’ouverture souvent associé aux start-ups, dans lequel chaque employé joue un rôle important et est encouragé à partager ses idées et ses opinions. À l’occasion de nos réunions hebdomadaires (les fameuses « TGIF »), mais également par e-mail ou dans la cafétéria, les Googleurs posent directement leurs questions à Larry, Sergey et aux autres responsables, concernant de nombreux sujets. Nos bureaux et nos cafétérias ont été conçus pour favoriser les échanges entre Googleurs d’une même équipe ou d’équipes différentes, mais également pour inciter les conversations professionnelles comme amicales. »

Pour simplifier, Google essaye de garder l’esprit d’une startup au sein d’une multinationale comptant plus de 50 000 employés.

Chez Facebook, on paternalise l’employé. Mark Zuckerberg veut construire une superbe ville à proximité de ses bureaux pour les 10.000 personnes qui travaillent pour l’entreprise.

Le marché de l’immobilier à San Francisco est devenu catastrophique. Même les quartiers pauvres sont devenus trop chers pour la classe moyenne. Pour Zuckerberg, ce genre de problèmes privés est aussi de la responsabilité d’un employeur. Construite avec un budget de 200 milliards de dollars, cette ville ultramoderne 100% Facebook serait située tout près de la baie de San Francisco. Elle serait équipée de services optimaux et d’une sécurité renforcée.

Certains y voient un retour des fermes d’État de l’époque soviétique. Ce qui est clair, c’est que le concept est très à gauche, mais au service de l’entreprise. N’est-ce pas malsain d’avoir toute sa vie sous la tutelle de votre entreprise. Et que se passe-t-il si l’entreprise s’effondre?

Évidemment, ce n’est pas de la charité que Facebook construit cette ville, mais l’entreprise, comme d’autres sociétés de la Silicon Valley a bien compris qu’il fallait investir massivement sur le bien-être de ses employés et avouez que ça fait rêver.

Il y a pourtant des limites à ne pas franchir. Quand par exemple, Apple, Google, Intel et Adobe ont signé un pacte anti-embauche, empêchant les employés de leurs entreprises de pouvoir postuler chez l’un de ses concurrents, tirant en passant, les salaires vers le bas. Ou encore, quand Facebook et Apple ont proposé à leurs salariés d’optimiser leur carrière en finançant la congélation de leurs ovocytes pour pouvoir repousser la grossesse à plus tard, le temps que ces personnes restent compétitives le plus longtemps possible à la fleur de l’âge !

Les excès sont nombreux, mais ça montre les grandes différences entre les mentalités des entreprises européennes qui finalement, investissent essentiellement dans le court terme et les hautes fonctions afin de maintenir les distributions de dividendes et cette génération d’entreprises américaines qui peuvent tenir des années à l’équilibre ou avec des pertes tout en investissant de plus en plus dans leurs ingénieurs dans le but de maintenir une efficacité optimale sur le long terme.

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la diffusion d’annonces sur ce site relève de ma responsabilité et ne représente pas les positions d'une entreprise pour laquelle je travaille

Rédigé par
Chris Lefevre
Publié le
8 mars 2015

13:52

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