Techtrends

Clic et toc: une image faussée d’Internet

Publié le 16 septembre 2009 par Veronique

Editorial Guest

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Hier, 15 septembre 2009, en France, la loi dite Hadopi 2 a été adoptée à l’Assemblée nationale par 285 voix contre 225.

En suivant une partie des présentations des rapporteurs (en direct sur Internet), j’ai eu l’occasion d’entendre un défenseur de cette loi qualifier l’usage d’Internet d’usage du « clic et toc ». Comprenez, sans doute, facilité et pacotille, par opposition à exception culturelle et création, gratuité « libertarienne » contre rare et cher; « chic et choc » sans doute (la formule).

J’ai tout entendu dans ces synthèses ultimes où tout fut mélangé au profit de la cause (la loi) pour la protection – glorieuse – des artistes et de la création. Qui en effet en France ne viserait à porter haut les couleurs de la création?

Sans revenir une nouvelle fois sur le fait que nous sommes entrés, qu’on le veuille ou non, dans une ère numérique, sans parler à nouveau dissuasion ou « pédagogie »(!), répression et libertés individuelles,  je voudrais juste ici tenter de démêler quelques fils, histoire d’y voir plus clair et d’apercevoir, peut-être la trame de fond.

- Sur Internet et le Web: ceux qui l’utilisent quotidiennement savent qu’il ne suffit pas d’un « clic » pour arriver à ses fins. Et, au-delà de l’image, face au développement du numérique il serait plutôt temps de se poser les questions de l’apprentissage de la recherche sur ce type de support, de l’indexation des documents, et de comment préparer cet archivage – pour l’avenir – de toutes nos données (masse qui grandit à chaque seconde qui passe).

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- Côté « toc »: ici, pas plus qu’ailleurs.

La pacotille et la bimbeloterie se retrouvent partout. Ou que vous regardiez – les publications littéraires qui inondent la rentrée, les chaînes de télévision, les radios, la presse, les CD, les DVD, les jeux – la facilité n’est pas l’apanage d’Internet. Essayez donc de produire – par exemple – un portrait d’écrivain pour une chaîne de télévision aujourd’hui! Il vous sera répondu « Ã§a n’intéresse personne ». Et je pourrais insister sur le fait qu’Internet me permet justement d’écouter – pendant des heures si je le souhaite et, oui, gratuitement, il faut bien le dire – les esprits les plus brillants, les analystes les plus percutants, les professeurs d’université du monde entier, les figures emblématiques comme ceux qui sont aux marges.

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Côté « toc » on peut aussi sans doute ajouter ce qu’il est de bon ton chez certains d’assigner au Web: cette vitesse de colportage des rumeurs, propos incendiaires, amplifications subites. Je n’approuve pas tout mais, là encore, je pense que c’est simplement parce qu’ici il y a une possibilité d’exprimer tout haut ce que beaucoup pensent tout bas: avant le Web, chacun pouvait pester devant son poste de télévision ou autour d’un verre entre amis. Aujourd’hui, c’est la même chose, mais, oui, on l’entend! A ceux qui se sont appuyés sur le « populaire » ne niez pas qu’il puisse s’exprimer par ailleurs. Et il peut également le faire de façon de mieux en mieux construite et enrichie des échanges plus larges et des confrontations de points de vue.

- Culture: un mot remis au goût du jour! Peut-être, là aussi, faudrait-il s’attarder. Je ne vais pas refaire un argumentaire tout droit venu du dessus des salons parisiens – passés et présents – non, juste rappeler qu’il existe des cultures différentes (diversité) et qu’il me semble hallucinant de penser que la culture se résume aux films d’Alain Resnais (pardon pour lui, je l’aime bien et – d’ailleurs, on le voit plutôt peu à la télévision) et à deux ou trois autres grands traits musicaux, cinématographiques ou littéraires.

Et puis, tiens, en ce qui me concerne, je préfère dire en parlant de culture: (l’homme cultivé est): « quelqu’un qui sait choisir ses compagnons parmi les hommes, les choses, les pensées, dans le présent comme dans le passé » * Hannah Arendt

- Création: cherchez la bien! Chacun sait qu’il y a une différence entre flux et rares oeuvres de création (ou que se soit); que celle-ci est aidée (financièrement s’entend) selon des critères bien précis et sélectifs.

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- Gratuité vs payant: ceux qui vilipendent la gratuité s’inquiètent bien-sûr de toutes autres questions: comment arriver à ce que ceci (Internet) soit aussi rentable? Quels modes de financements? En un sens, ils n’ont pas tord: certaines choses demeureront gratuites et d’autres deviendront payantes – à l’évidence – il en ainsi de toute structuration de secteurs qui traitent aussi de biens de consommation. De l’intérêt justement de conduire une réforme du droit d’auteur qui permettent à ces derniers (je préfère ce terme à « artistes ») de s’y retrouver, d’ailleurs, peut-être un peu mieux qu’avant (connaissez-vous seulement les pourcentages de recettes qui sont attribués aux dits artistes?S’ils se réveillaient sur la question, cela en dérangerait plus d’un).

Encore faut-il que la dite réforme soit conduite sous l’égide d’un orchestre plutôt que d’un trio, enfin, me semble-t-il, les intérêts étant multiples et complexes, la musique n’en serait, peut-être, que plus belle pour l’avenir…





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5 réactions

  1. kfigaro

    Attention à ne sous-estimer non plus l’importance des statuts sociaux de ceux qui s’expriment quotidiennement dans les différents « salons » ou agoras virtuels (dont techtrends)…

    Il existe hélas très peu d’études sur le sujet mais il est évident que ce n’est pas forcement les prolétaires ruraux ou les populations les moins « favorisées » (faible niveau scolaire, compétences informatiques insuffisantes, etc…) qui détiennent les blogs ou réseaux sociaux les plus « courus » et qui twittent « Ã  donf »…

    Il doit sûrement y avoir des exceptions mais il est plus qu’évident que la majorité des internautes les plus « actifs » et – donc – les plus lus dans la blogosphère est – dans sa grande majorité – ultra urbaine (parisiens, marseillais, bordelais…), plutôt jeune et surtout dotée de solides capitaux scolaires et culturels (d’où la panique légitime par rapport à Hadopi qui risque encore d’agrandir le fossé culturel existant entre ceux qui détiennent déjà les bonnes médiathèques et ceux qui ont uniquement une minuscule bibliothèque pour étancher leur soif de culture)…

    Le mythe de la « masse numérique » (voire de la « démocratie du net ») en prend sûrement un sacré coup mais celle ci est – d’évidence – plus représentée par une certaine classe moyenne (instituteurs, professeurs, journalistes, producteurs culturels, professions libérales, etc…) que par la classe la plus « laborieuse » – à quelques exceptions près bien entendu.

  2. Merci à vous, en premier lieu. Ultra urbaine, pas forcément (même si effectivement peu d’études); certains sont des « ruraux » justement pour qui Internet et le Web sont des moyens d’ouverture (Internet en tant que lien social – pour aller vite – existe pour de nombreuses catégories et devrait même être développé). Sur la « masse numérique », pas tout à fait d’accord: bien-sûr, ceux qui écrivent et analysent sont majoritairement ceux dont vous parlez; mais regardez aussi ceux qui commentent et utilisent des outils « grand public ». Et c’est oublier – peut-être – les écoles, collèges, lycées (toutes classes sociales confondues) qui lors de l’apprentissage de ces outils acquiert justement une ouverture et un accès vers d’autres choses, non?
    Reste, à l’évidence, beaucoup de travail.

  3. Moi qui navigue et fait ma veille dans les blogs culturels, underground etc, je ne peux que constater l’apport immense du web à la création. Tous les artistes peuvent maintenant s’exposer et surtout tout le public peut en profiter. J’ai fait des études en histoire de l’Art qui rebutent la plupart de mes interlocuteurs dans la vraie vie : Internet permet de sensibiliser (par l’humour souvent mais c’est un début) le « grand public » à des images artistiques, des créations qui sortent un peu de la soupe et l’esthétique télévisuelle. L’art s’exprime enfin grâce au web !

  4. @Simon: merci à toi. Évidemment d’accord avec toi et sur la (les) façon (s) d’aborder les choses: l’art et la manière :)

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