Je ne suis pas pro-piratage, loin de là , je pense que l’idéal, c’est que tout ce qui a une valeur soit payant, mais à un juste prix. Un peu comme les jeux pour smartphone à 79cent, c’est peu, mais à ce prix là , il est ridicule de pirater. Il existe également de nouveaux modèles économiques, moins rentables que la vente de CD à 20 euros, mais peut être plus efficace, tel que ceux de Spotify ou d’OnLIve.
Quand un modèle économique est intéressant, quand il ne prend pas le consommateur pour une vache à lait, il peut réussir à convaincre les internautes pourtant habitués à pirater. Ce que les internautes reprochent de plus en plus à l’industrie du disque (et du cinéma), c’est de ne pas accepter la réalité : si dans les années 1990, une collection moyenne de CD audio tournait aux alentours de 10 à 100 albums, très rarement plus, aujourd’hui, les consommateurs veulent tout, ils ne veulent plus devoir choisir entre 2 albums parce qu’ils ne peuvent pas tout s’acheter à des prix aussi élevés. Les majors auraient dû le comprendre il y a de nombreuses années et proposer la musique également sous forme de service à l’abonnement. Chez Universal, Sony Music, ils savaient que leur modèle ne pouvait plus tenir, mais ont toujours compté sur le soutien des gouvernements et de la justice pour protéger leur modèle économique dépassé.
Dans 50 ou 100 ans, peut être, on considérera que les majors ont fait quelque chose d’inacceptable en vendant la culture à des prix exorbitants, peut être que les tribunaux se sont trompés en condamnant les personnes qui ont partagé de la musique ou des films, après tout, en Suède, il existe un mouvement appelé le Kopimisme qui est reconnu officiellement comme une église et dont le sacre tourne autour du partage de l’information. Oui l’information et la culture, c’est sacré!
On a trop piraté, on le paie aujourd’hui.
Même si les majors exagèrent avec leur manque à gagner ( ben oui, tu ne vas pas acheter un film par soir à Universal), ils ont raison pour une chose, le piratage est un problème qu’il faut résoudre, car c’est également une plaie pour les artistes et pour ceux qui ne piratent pas, depuis toujours.
Je me souviens que dans les années 90, à chaque démarrage de partie, on devait parcourir le bouquin fourni avec un jeu pour trouver les mots que le jeu nous demandait, tout ça pour empêcher la copie de disquettes. Les vrais pirates, eux, patchaient le jeu pour faire sauter cette étape et au final, le jeu fourni illégalement était bien plus pratique que la version achetée dans le commerce.
On a également connu des techniques antipiratages sur le K7 VHS qui au final ne faisaient qu’abimer les films, même originaux. Oui, les mécaniques antifraude ont toujours eu tendance à souler les personnes qui achètent les produits légalement. Il faudra bien un jour que le marché de la musique, du cinéma et du jeu vidéo s’adapte à la réalité, ils ne vont tout de même pas nous racheter toute notre vie et s’appuyer sur des gouvernements qui nous priveraient de nos libertés en traquant nos moindres faits et gestes sur le net uniquement pour le bien d’une industrie? C’est un peu comme s’il était possible de faire rouler sa voiture avec de l’eau, mais que le gouvernement nous espionnait pour s’assurer que l’on continue toujours à mettre de l’essence dans le seul et unique but de protéger le modèle économique des fournisseurs de pétrole!
Et Megaupload dans tout ça?
On peut dire ce qu’on veut, mais évidemment qu’autour du business megaupload, il y avait des histoires un peu louches, ou en tout cas, pas tout à fait légales, évidemment que les serveurs sont remplis de données protégées par copyright :des jeux, films et musique piratés en toute impunité, et qu’il soit fermé, ce n’est pas si grave, il existe d’autres sites prêts à reprendre le flambeau.
Le problème, c’est que c’est un symbole, Megaupload. Lorsque Universal a censuré leur clip promo qui était tout à fait dans la légalité, les internautes ont jugé que les majors allaient beaucoup trop loin en estimant qu’ils pouvaient faire supprimer un clip qui ne leur plait pas, imposant des lois qui n’existent pas. Le message qui en est ressorti c’est si tu fais quelque chose qui ne plait pas aux majors, ils ont le pouvoir de te censurer et ne s’en priveront pas.
Sincèrement, être censuré par le gouvernement chinois ou par une multinationale, on se demande, c’est quoi le pire?
Internet sous la gouvernance des États-Unis? Et puis quoi encore !
La destruction pure et simple de Megaupload intervient à 2 jours de la protestation de Google, Wikipedia et d’autres géants du web qui voulaient faire pression sur le sénat américain qui devait statuer sur les loi PIPA et SOPA. Une pression qui avait eu un impact efficace sur la majorité des législateurs américains qui sont passés de favorable à défavorable à ces deux projets de loi dès le lendemain.
Un hasard parait-il, mais bien drôle de hasard. Sincèrement, ça sonne plutôt comme une mise en garde, comme si le FBI voulait nous dire : « le contrôle, c’est nous qui l’avons » et qui bien entendu a déchainé la colère du collectif de pirates Anonymous mais finalement, à quoi bon?
Ce que les autorités américaines ont fait est grave, ils se donnent le droit de supprimer un nom de domaine, le rendre inaccessible dans le monde entier. Ca signifie qu’ils pourraient aussi bien faire disparaitre de nombreux sites internet même hébergés hors de leur territoire. Jusqu’à présent, aucun pays n’avait osé commettre un acte de ce genre qui puisse avoir un tel impact sur de nombreux internautes du monde entier.
En dehors de quelques défenseurs de la liberté du web tel que Neelie Kroes, commissaire européenne en charge de nouvelles technologies, tous les grands de ce monde, les plus riches, les Nikolas Sarkozy applaudissent à deux mains. La machine est lancée et plus rien ne peut l’arrêter. Le 20 janvier 2012 sera à jamais une date historique, celle où les États unis, fiers défenseur de la liberté qui ne ratent jamais l’occasion de donner des leçons à la Chine et la Birmanie ont bafoué la liberté de millions d’internautes à travers le monde.
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Rédigé par Christophe Lefevre